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Narcisse Yavo: "je veux ouvrir un musée des transports"

ActualitéPublié le 11-08-2017 17h11

Le collectionneur entouré de visiteurs de son exposition. Photo DR

Narcisse Yavo, enseignant en transport à la retraite, dispose de photographies insoupçonnées sur l’évolution des transports en Côte d’Ivoire. Afin de faire replonger les anciens dans ces souvenirs et faire découvrir l’histoire à la nouvelle génération, il a décidé d’ouvrir un musée. Un projet dont il livre les détails à Acturoutes.

Vous venez d’organiser une exposition qui retrace en images, l’évolution des transports en Côte d’Ivoire. A quel besoin répond cette initiative?
D’abord, dans ma collection, j’ai entre 500 et presque 1000 photos. Lorsque je suis allé en France, on m’a donné l’occasion de visiter un musée où il y a des trains à vapeur, les premiers autobus de la Régie autonome des transports parisiens (RATP), etc. Il y avait du monde, pour la plupart des touristes, qui s’y précipitent pour aller voir tout ce qui est ancien, entreposé. J’ai  eu la même idée d’exploiter les photos dont je dispose  en ouvrant également un musée, l’année prochaine, s’il plait à Dieu. J’en ai parlé au ministère des Transports qui m’a encouragé.

Où sera localisé ce musée?
J’ai travaillé à la Société des transports abidjanais (SOTRA) qui a bien voulu mettre à ma disposition des salles dans la commune de Yopougon. Restent quelques ordinateurs. En plus des photos, des voitures de collection des années 50 viendront enrichir la collection.

D’où est venue cette passion pour les transports au point d’avoir une telle collection?
Je suis enseignant et j’ai travaillé à la SOTRA de 1980 à 2004. J’y étais en tant que professeur des transports, précisément à l’Institut SOTRA. Pendant que j’enseignais, j’éprouvais un certain plaisir à faire des plans des gares, des terminus. Tous mes cours se faisaient avec des images à l’appui. Un jour, j’ai montré à mes étudiants, des photos concernant les trois premiers cars de la SOTRA. Ils m’ont par la suite demandé des photos de bus. J’ai mis 10 ans pour les trouver. C’est à partir de là que j’ai commencé à collectionner sur l’histoire des transports. Je me suis par la suite intéressé aux autres modes de transport.

Le thème de votre exposition est «il était une fois, les transports… ». Cette histoire sur les transports part de quelle(s) période(s) ?
Elle part des années 1904. Le point de départ, c’est l’ouverture des chemins de fer en Côte d’Ivoire avec d’abord la Régie Abidjan-Niger (RAN). C’est là qu’on a eu les premiers trains à vapeur. On a commencé à ouvrir les voies avec des ouvriers dans le cadre des travaux forcés, abolis par feu le Président Houphouët-Boigny en 1957-58.

De 1904 à nos jours, quelles ont été les grandes dates dans l’évolution des transports ?
Prenons d’abord 1960. Qu’est qu’il y a eu avant et après ? Avant 1960, si je prends le cas, par exemple d’Abidjan, c’est-à-dire, avant la création de la SOTRA, il y avait 4 services de transport, à savoir, les «gbakas» ou minicars, les taxis-compteurs, les pinasses et les «wôrô-wôrô» ou taxis communaux.

Les wôrô-wôrô existaient-ils déjà à cette époque ?
Oui. Tout le monde en parle mais beaucoup ne savent pas ce que ça veut dire.

Eclairez-nous…
30 francs en Bambara, c’est «dassi wôrô». Et quand on dit «wôrô-wôrô», c’est pour faire allusion aux 30 fcfa que coûtait le voyage à bord des véhicules.

Revenons aux 4 services de transport…
Dans les années 60, la seule ligne de taxis communaux partait d’Adjamé, vers la mosquée, en passant par le camp Galliéni et avait son terminus vers le grand marché de Treichville avec des véhicules comme les Peugeot 203 et 403 qui prenaient les gens pour 30F. L’itinéraire emprunté était d’ailleurs la seule voie bitumée à l’époque. ..Peu avant les indépendances, c’est-à-dire en 1959, le gouvernement qui était en place a demandé que soient modernisés les transports à Abidjan. C’est ainsi qu’on a confié la création de la SOTRA au groupe Renault qui était en place. Le constructeur va alors faire venir les premiers expatriés pour pouvoir commencer les activités de la SOTRA. Le premier expatrié était Jacques Mouchard. Il avait le matricule 001. Le premier Ivoirien à être embauché s’appelle Mory Koné, un conducteur qui avait le matricule 002. Il est parti à la retraite en 1990, après 30 ans de service, sans accident. Renault étant content de cette performance, lui a offert un SG2, communément appelé «badjan». La SOTRA a démarré avec un tarif de 15F. En 1980, l’entreprise avait presque 1200 bus en ligne.

Comment se faisaient les déplacements à l’intérieur du pays, avant 1960 ?
Il y avait un véhicule qu’on appelait «1000 kilos». Ce véhicule était tellement célèbre qu’il avait à lui seul, 4 surnoms. D’abord, «gbaka» qui vient d’un terme vernaculaire, en Abbey qui est le panier en liane qui sert à transporter le cola. Quand on va vers le Nord, on dit gbaha. Les gens dans le 1000 kilos étaient tellement maltraités qu’on se croirait dans un panier. Ensuite, «Rapide» parce que, entre 1940 et 1950, il y avait un premier véhicule, plus gros, le T-45 qui était plus lent à cause de son poids. Le 1000 kilos qui est arrivée en 1960, roulait à 60km/h. Il était donc plus rapide. Ce véhicule légendaire s’est fait appeler «1000 kilos» parce que sur son flanc, il était marqué poids total à charge: 1000 kilos. Les Ivoiriens ont vite fait de l’appeler «1000 kilos». Sinon, le vrai nom est «Super Goéland». Le dernier surnom donné à cet engin est «rapide Kodjo». M. Kodjo, l’un des grands transporteurs de l’époque, avait plusieurs engins de ce type. Selon mes recherches, ses véhicules assuraient la ligne Abidjan-AdiakéOutre le «Super Goéland». Il y avait aussi à l’intérieur, les Peugeot 403 et 404.

A l’époque, il y avait peu de voies bitumées. Etait-il aussi aisé d’effectuer les déplacements ?
Non, pas du tout. Pour anecdote, mon père a été affecté à Divo. D’Agboville, on a mis 3 jours pour faire la distance en véhicule T-45.

Qu’en est-il des autres moyens de transport ?
Sur le plan aérien, il y avait à l’époque Air Ivoire qui est aujourd’hui devenu Air Côte d’Ivoire. Dans les années 60, la compagnie avait des appareils à hélices avec chargement manuel. Les gens transportaient les bagages à bras le corps pour les mettre dans l’avion. A partir de 1960, il y a eu une évolution avec le début d’acquisition d’avions à réaction. Et dans les années 80, il y a eu la desserte des grandes villes de l’intérieur. Au niveau ferroviaire, il faut dire qu’avant 1960, les trains étaient à vapeur ; c’est-à-dire qu’ils fonctionnaient au charbon de bois disposé dans des chaudières. Le feu produit faisait avancer les véhicules (wagons). Les engins roulent aujourd’hui au fuel. La RAN a été remplacée par la Société internationale de transport africain par rail (SITARAIL).  Avec la Société ivoirienne de transport maritime (SITRAM), la Côte d’Ivoire a connu un grand boom sur le plan maritime. La SITRAM, dans les années 80-90 avait ses propres navires.

On parle aujourd’hui de Transport intelligents, de transport propre... Qu’est ce que cela vous inspire, au regard des modes du passé?
C’et une question d’adaptation du matériel aux problèmes qui se posent à nous. C’est une façon de repenser les transports pour que cela soit plus efficace. Toujours est-il que, si on envoie des moyens nouveaux ou performants et que l’homme qui l’utilise ne prend pas en considération les avantages et les inconvénients, on va en pâtir.

En dépit de l’évolution constatée dans chaque secteur, il y existe tout de même des difficultés?
On a plus de facilité de voyager aujourd’hui. Ça, c’est vrai: les véhicules vont plus vite, les avions sont plus confortables, le train également, etc. Mai en Côte d’Ivoire, le développement des transports doit être mieux organisé afin que les acteurs prennent suffisamment conscience de l’importance du rôle qu’ils jouent dans le développement. Le transport conditionne le monde.

Entretien réalisé par
Mathias KOUAME
m.kouame@acturoutes.info

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